Les Jardins de Brecy

En empruntant la petite route qui mène au château de Brécy à travers champs, entre Caen et Bayeux, l’amateur de jardins s’apprête à vivre un moment d’exception. Avant même d’apercevoir le clocher du prieuré qui jouxte le domaine, il est saisi par la quiétude du paysage vallonné, délicatement rythmé par des haies de persistants. En s’approchant de l’imposant portail sculpté, il tombe sous le charme des trois allées d’arbres plantées entre les pommiers, dans la perspective des portes aux tons bleutés.Mais rien de tout cela, et encore moins la simplicité de la demeure qui se profile au fond de la cour, ne laisse présager la révélation esthétique qui l’attend. Quand ils reçoivent leurs invités pour la première fois, Didier et Barbara Wirth ménagent leur effet en les laissant pousser la lourde porte qui donne sur les jardins. S’ils lisent l’émotion sur les visages, ils savent que leurs efforts ont porté leurs fruits. Depuis quinze ans, ces esthètes ont déployé toute leur énergie pour restaurer ce lieu. Lorsqu’ils ont découvert le château sur le conseil d’amis, le coup de foudre a été immédiat. Depuis, ils n’ont eu de cesse de planter, consolider, drainer et tailler afin de sculpter le paysage et de lui rendre toute sa magie.

UN PEU D’HISTOIRE
Le château de Brécy est passé de mains en mains depuis 1620, mais nul ne sait vraiment qui a signé les jardins. Leur somptuosité et leur élégance géométrique ont fait dire à certains qu’ils étaient l’oeuvre de Mansart, mais rien n’est moins sûr. Il semblerait plutôt que ce subtil mariage de la pierre et du végétal ait été inspiré au début du XVIIème siècle par le fils du propriétaire, Jacques Le Bas, chanoine à la cathédrale de Bayeux, qui a dû visiter des jardins italiens et en rapporter des croquis.
On lui devrait la connaissance des règles d’optique appliquées dans l’inclinaison des quatre terrasses et la disposition des ornements.
A la Révolution, ce jardin classique se transforme… en ferme ! Les poules en font leur domaine jusqu’en 1919, date à laquelle Rachel Boyer, sociétaire à la Comédie Française, rachète le château, dont les jardins sont déjà classés Monuments Historiques. « Plus on songe au plan de ces jardins, plus on se dit qu’il ressemble au plan d’un roman, où l’inspiration jette fiévreusement sur le papier des thèmes, des notes, des images, et doit en même temps les soumettre à la logique et les coordonner… » écrit Jacques de Lacretelle, de l’Académie.

UNE OEUVRE VIVANTE
Au fur et à mesure de leurs voyages et de leurs lectures, Didier et Barbara ont cultivé leur passion pour l’art des jardins. Membres de la Société de dendrologie, la science des arbres, ils sont aussi des acteurs incontournables du Comité des Parcs et Jardins, dont Didier est devenu le Président. Il a entre autres participé à la création du label « jardin remarquable », qui signale les jardins vivants, entretenus et méritant le détour, ainsi qu’à l’événement national des « rendez-vous aux jardins » le premier week-end de juin.
« Comme pour l’architecture, explique-t-il, la beauté d’un jardin naît de l’émotion qui s’en dégage. L’idéal consiste à disposer arbres et arbustes de la manière la plus harmonieuse possible ».

LA PASSION DU JARDIN
A Brécy, ce véritable architecte du végétal a pris à coeur l’aménagement du paysage à l’extérieur des murs. Afin de dissimuler la route communale qui laissait voir les tracteurs au sommet de l’amphithéâtre de pierre, il a fait enterrer les câbles électriques et n’a pas hésité à faire remplir 170 bennes de terre végétale pour créer une colline artificielle et dégager la perspective. Dans les champs alentour, il a su convaincre les agriculteurs de lui laisser planter cinq kilomètres de haies, des centaines d’ifs, charmes et hêtres, et d’entretenir des vergers aux abords de la propriété. Porté par les lignes de fuite, le regard du promeneur découvre ainsi à l’horizon une campagne d’une pureté parfaite.
A l’intérieur des murs, la sensibilité et le goût raffiné de Barbara règnent. Afin de préserver l’harmonie du lieu, elle limite ses plantations aux variétés blanches et bleues, qui riment avec le bleu-gris dont elle a fait peindre bacs et volets, comme autant de signes de ponctuation colorés. Devant la maison, elle a créé un carré d’herbes aromatiques aux allures de damier géométrique et fait réduire la broderie de buis, inspirée de dessins du XVIIème siècle. Lauriers et clématites courent le long des murs, ainsi que le jasmin et la Mandevilla Suaveolens, une grimpante au parfum de fleur de tiaré… Si les lions bicéphales et les artichauts de pierre sont d’époque, certains vases ont été refaits à l’identique et des fontaines ont été créées et font chanter l’eau.

Pour Didier et Barbara, chaque détail compte : les plantes odorantes (chèvrefeuilles, troènes, lilas, rosiers…) sont disposées de telle sorte que le vent d’ouest embaume l’air les mois d’été, des bancs sont installés en hauteur pour profiter des meilleurs points de vue, les arbres sont taillés en fonction des lignes de fuite, le mobilier a été pensé, dessiné et créé par eux pour s’inscrire dans le paysage… Mais cette perfection ne fait pas pour autant de Brécy un jardin-musée. C’est au contraire un lieu qui invite à la méditation et à la contemplation, seul, entre amis ou en famille. « Le but essentiel d’un jardin, conclut Didier Wirth, c’est de se faire plaisir, d’y être heureux. C’est la délectation ».
S.B.

Les jardins du château de Brécy Château de Brécy - 14480 Saint Gabriel Brécy Ouvert de Pâques à la Toussaint mardis, jeudis, dimanche et jours fériés de 14H30 à 18H30, samedis en juin de 14H30 à 18H30. Pour les groupes, toute l’année sur RV. Renseignements : 02 31 80 11 48
A voir : Comité des Parcs et Jardins de France
Photos : Pascal Hinous


